CinéMagic

30 août 2016

FAMILLE A LOUER - 6/10

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Un film de Jean-Pierre Améris (2015 - France, Belgique) avec Benoît Poelvoorde, Virginie Efira, François Morel, Philippe Rebbot

Sympathique.

L'histoire : Paul-André est riche, tellement riche qu'il a vendu son affaire et se retrouve rentier. Ultra timide, solitaire. Et dépressif. Seul, si terriblement seul. Il aperçoit à la télé une jeune femme, Violette, en train de se battre contre la justice. Mère célibataire, chômeuse, elle s'est fait arrêter pour avoir assommé un vigile qui l'arrêtait pour vol dans une grande surface. Interviewée par les journalistes, elle pleure, on va lui retirer ses enfants car elle n'a pas d'argent pour les élever correctement, mais comment faire quand on cherche désespérément du travail et qu'on n'en trouve pas ? Sa famille, c'est tout ce qu'elle a au monde. Paul-André est transfiguré. Comme ça doit être bien, en effet, d'avoir une famille ! Il décide de faire l'essai. Elle a besoin d'argent ? Lui d'une vie de famille ? Il lui propose, contre rémunération, de s'installer chez elle, comme s'ils étaient en couple. D'abord offusquée, Violette demande un contrat de trois mois en bonne et due forme. La cohabitation n'est pas facile. Paul-André s'aperçoit que la virevoltante Violette est une jeune femme fragile, trop gentille, que tout le monde manipule à son aise. Il va l'aider à grandir... et elle à ouvrir son coeur.

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Mon avis : Les comédies françaises, on est bien d'accord, c'est à 99 % de la daube. Mais celle-ci est franco-belge... avec deux acteurs belges... est-ce cela qui fait la différence ? Bon, on ne va pas se mentir, ce n'est pas non plus un chef d'oeuvre de la rigolade, avec des réparties qui passeront à la postérité. Je pense que je vais l'oublier assez vite. Car, à vrai dire, le scénario est éculé, les clichés abondent...

Alors quoi ? Virginie. Je l'ai trouvée tellement lumineuse ! J'aimais bien cette actrice, mais on ne la voit que dans des petites comédies de ce genre, pas de quoi se relever la nuit. J'attends maintenant avec impatience qu'elle obtienne des rôles dramatiques, forts, car elle a un talent énorme. Elle est extrêmement jolie et photogénique, mais pas que. Elle affiche ici une sincérité et une justesse qui m'ont vraiment touchée. Elle m'a fait penser à Julia Roberts dans Erin Brockovich... tout en gouaille, perchée sur des talons douze, qu'elle n'assume pas toujours ; quelque chose dans la démarche, qui se veut assurée, mais ne l'est pas tout à fait. On pense aussi à Pretty Woman et ses paillettes dans les yeux, quand elle a soudain accès à des univers totalement inconnus, où elle se sent si maladroite. Elle a ce charme de Julia, une lumière incroyable et un sourire hyper craquant. En fait... en lisant les commentaires presse ce matin, je constate que le réalisateur avait bien décelé ce potentiel et il lui a fait visionner Erin Brockovich, justement !

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Benoît, lui, joue toujours merveilleusement, comme d'habitude, mais Virginie lui vole la vedette. Et il n'est pas trop beau gosse, il faut bien le dire, donc le couple ne fonctionne pas complètement : on se demande ce qu'elle lui trouve soudain. Bon, y a pas que la beauté dans la vie, c'est pas la question (d'autant que le Benoît peut se montrer très séduisant quand il veut, cf. Entre ses mains, où il m'avait époustouflée), mais le personnage est quand même, en plus, hyper rigide, maniaque, dotée d'une mère indigne...

Si vous détestez ces acteurs, vous pouvez passer votre chemin, le film en lui-même n'est pas extraordinaire, même s'il est souvent drôle et roudoudou (ça fait du bien).

Mais si vous avez envie de voir une actrice en train d'éclore... Espérons qu'elle va désormais faire de bons choix, plus pointus.

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Pas séduisant, Benoît ? Hum... pas si sûr...

 

 

 


29 août 2016

THE ROVER - 0/10

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Un film de David Michôd (2014 - Australie, USA) avec Guy Pearce, Robert Pattinson

On se fiche de nous. Non ? Ah bon.

L'histoire : Dans un futur proche (ce qui ne change rien à l'affaire, à part nous rappeler Mad Max), Guy roule dans le désert australien et s'arrête dans un bled pour boire un coup. Là, on lui pique sa bagnole. Alors il en pique une autre et court après les voleurs. Et voili, et voilou. Au passage, il rencontre et emmène avec lui un neuneu, frère de l'un des méchants, Robert.

Mon avis : Oh la la... Mais à quoi pensent les producteurs et les réalisateurs quand ils mettent un film en chantier ? L'intérêt n'est-il pas d'attirer des spectateurs ? Et qu'est-ce qui passionne les gens ? Une bonne histoire, ou un drame intime bien décortiqué. Des histoires ! Moi, en tout cas, je veux qu'on me raconte des histoires ! Là, rien. Deux mecs qui poursuivent trois autres mecs. Le désert australien. C'est lent, ça cause pas, ça tue. On ne sait même pas qui sont ces gens. Je me suis assoupie plusieurs fois, je l'avoue... Quel navet !

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Et bien j'ai tout faux : quasi tout le monde a adoré ! Alors là, franchement, je me creuse la cervelle pour comprendre ce qui a pu les intéresser là-dedans. La palme à Ecran Large : ""The Rover" est un choc absolu, un film d'auteur qui porte le trip post-apocalyptique vers des altitudes inconnues et paroxystiques." On se demande où ils vont chercher tout ça... sûrement pas dans le film. Ou alors ils se faisaient des shots de tequila en même temps.

Je marche vraiment à contre-courant. Ou alors je suis une super intello, car une fois de plus, seuls Les Cahiers et Télérama ont vu la même chose que moi : ""The Rover" se voudrait à la fois classique et postmoderne, fun comme un western mécanique et hiératique comme une tragédie contemporaine. Hélas, il croule sous son fatal esprit de sérieux." pour le premier ; "A côté d'un Guy Pearce atone, aussi expressif et poilu qu'un cactus, le joli coeur Robert-Twilight-Pattinson, en plein virage auteuriste, surjoue le débile léger secoué d'accès d'ultraviolence. Même sur la direction d'acteur, l'un des points forts d'"Animal Kingdom", Michôd semble avoir lâché prise" pour le deuxième.

Ceci étant, les spectateurs, eux, sont beaucoup plus divisés et autrement moins enthousiastes... Tout n'est pas perdu.

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Bon, logiquement, il faudrait classer ça dans Anticipation, vu que ça se passe dans un futur proche, voire post-apocalyptique (ah ouais ? faut vraiment le savoir). Mais moi je mets ça dans Action, Aventures, Filous... parce que pour moi ce n'est pas de l'anticipation ; ça existe déjà les poursuites de mecs en bagnoles, non ?

 

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28 août 2016

PHILIPPE LELLOUCHE - MINI-INTERVIEW

Source : Questions de femmes - Juillet 2016

Animateur, puis journaliste d'investigation, Philippe Lellouche embrasse un peu par hasard une carrière de comédien. Des petits rôles à la télévision d'abord, au cinéma ensuite... mais c'est le théâtre qui le révèle. Depuis, l'homme est tour à tour auteur, animateur, acteur et même réalisateur.

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Qui êtes-vous ?

Quelqu'un qui aurait rêvé d'être un bel homme et qui a fait en sorte d'essayer de le devenir en choisissant de se montrer à la caméra. On pourrait dire que c'est une sorte de thérapie.

Que regardez-vous d'abord chez une femme ?

Son sourire, car on ne peut pas mentir avec ! Pour moi, c'est le reflet de l'âme.

Qu'est-ce que l'élégance pour vous ?

Cette capacité d'adaptation qui permet d'être à la hauteur de son interlocuteur quel qu'il soit, sans jamais le mettre mal à l'aise.

Qu'aimez-vous chez une femme ?

Ce pouvoir absolu de ne pas s'arrêter au physique. Elles s'attachent à des choses essentielles et arrivent à saisir l'autre plus facilement. Elles sont moins superficielles au premier abord.

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Avec Vanessa Demouy

Si vous étiez une femme...

J'aimerais être un mélange entre Jessica Lange dans King Kong [1976, NDLR] pour la beauté et Simone Veil pour l'intelligence.

La femme de votre vie ?

Ma mère qui m'a transmis une force de conviction et un optimisme à toute épreuve. Vanessa [Demouy, NDLR], la mère de mes enfants. Mais il y en a d'autres ! J'ai été sauvé et mis en lumière par différentes femmes, à qui je dois beaucoup.

Que détestez-vous chez une femme ?

Les femmes castratrices ! Dès qu'elles veulent utiliser les armes des hommes, elles perdent leur féminité et notre admiration. La douceur est pour moi leur meilleure arme.

Une personnalité féminine que vous admirez...

Simone Veil pour sa vie épouvantable et magnifique, des camps de concentration à l'Assemblée nationale où elle se fait huer pour sa loi sur l'avortement. J'admire sa force et son courage, servis par une intelligence hors normes.

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Dans Nos plus belles vacances

Merci qui ?

Ma mère qui m'a construit ; Marion Sarraut, la première femme à m'avoir fait travailler et ma meilleure amie dans ce métier ; Danielle Gain, mon premier agent, celle qui m'a repéré...

Le mot de la fin...

La phrase d'Aragon : "La femme est l'avenir de l'homme". La solution pour sauver notre humanité dans ce monde troublé est en elles.

 

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27 août 2016

Série LA PETITE DORRIT - 6,5/10 (série terminée)

La Petite Dorrit est une mini-série britannique en huit parties de 52 minutes fondée sur le roman homonyme de Charles Dickens, publié entre 1855 et 1857, et diffusée entre le 26 octobre et le 11 décembre 2008 sur BBC One. En France, elle a été diffusée à partir du 27 novembre 2014 sur Arte. 

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L'histoire

Début du XIXe, Angleterre. Depuis sa naissance, la jeune Amy Dorrit vit à la Maréchaussée, prison pour dettes de Londres. Sa mère est morte peu après l'avoir mise au monde. Amy prend soin de son père William, qui est incarcéré depuis des décennies et bénéficie d'une position privilégiée, en raison de son ancien rang social et de sa gentillesse. À l'insu de son père, pour aider sa famille, Amy travaille comme couturière chez Mrs Clennam, une femme acariâtre et invalide qui vit dans une maison délabrée. Arthur, son fils, revient de Chine où il a passé vingt ans avec son père, négociant richissime, décédé en lui demandant de "réparer les choses" sans lui donner plus d'explication. Sa mère n'est pas plus prolixe... Arthur et Amy deviennent amis, et il s’évertue à améliorer les conditions de vie de la famille Dorrit. Il engage Panks pour enquêter et savoir ce qui est arrivé à cette famille, et parvient à retrouver un héritage oublié. Les Dorrit sortent de prison...

Distribution 

  • Claire Foy : Amy Dorrit
  • Matthew Macfadyen : Arthur Clennam
  • Judy Parfitt : Mme Clennam
  • Tom Courtenay : William Dorrit
  • Andy Serkis : Rigaud / Blandois
  • Eddie Marsan : Mr Pancks
  • Emma Pierson : Fanny Dorrit
  • James Fleet : Frederick Dorrit
  • Arthur Darvill : Edward « Tip » Dorrit
  • Anton Lesser : Mr Merdle
  • Amanda Redman : Mme Merdle
  • Sebastian Armesto : Edmund Sparkler

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MON AVIS 

J'adore ce genre de belles histoires romanesques, qui multiplient les personnages et les intrigues. D'ailleurs, j'adore Charles Dickens ! J'ai apprécié que l'on retrouve bien ici l'humour et l'ironie de l'auteur, toujours très critique dans ses livres sur la société dans laquelle il vivait. C'est plein de rebondissements, de personnages caricaturaux, voire ridicules et qui font rire. Encore une fois l'esprit de l'auteur est bien là : il y a une double lecture, un récit d'aventures foisonnant et drôle pour un jeune public, et une satire amère de la société pour les adultes. On est entre Balzac et la comtesse de Ségur ! Le mélange est audacieux... et la série souffre parfois de maladresse quand, dans certaines scènes, le dosage est mal fait : trop dramatique, ou trop enfantin.

Au niveau décors et costumes, c'est moins somptueux que Downton Abbey ou Mr Selfridge, par exemple. Plus de couleurs aurait notamment été bienvenu pour les décors, qui pourtant sont minutieusement reconstitués. Les costumes sont parfaits. Certaines coiffures de ces dames (pas Amy, mais les "grandes bourgeoises" bien sûr) peuvent paraître carrément mais non, les audacieuses à la pointe de la mode n'hésitaient par à surenchérir dans l'échafaudage capillaire ! Voir les photos images ci-dessous :

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Il faut attendre le dernier épisode pour avoir toutes les réponses aux questions posées au début ! On ne va pas parler de suspense insoutenable, l'intrigue est même parfois un petit peu confuse (il faudra que je relise le livre), mais dans l'ensemble j'ai bien aimé cette série, éclairée par le visage lumineux de la jolie Claire Foy.

 

 

26 août 2016

LE GAMIN AU VELO - 8/10

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Un film de Jean-Pierre et Luc Dardenne (2011 - France, Belgique, Italie) avec Cécile de France, Thomas Doret, Jérémie Renier

Désarroi et compassion. Lumineux.

L'histoire : Cyril a douze ans. Orphelin de mère, il est en centre d'accueil, en attendant que son père le reprenne un jour avec lui. Et il fugue sans cesse, pour aller le voir, ce père fantôme. Les éducateurs lui disent qu'il a déménagé, sans laisser d'adresser, mais Cyril pense qu'on lui ment : "Il ne serait jamais parti en emportant mon vélo ! Je veux récupérer mon vélo !". Alors il mène l'enquête lui-même, il court partout, il questionne tout le monde. Une jeune femme, touchée par ce jeune Don Quichotte haut comme trois pommes, va l'aider.

Mon avis : Je n'aime pas beaucoup le cinéma des frères Dardenne, je suis souvent déçue : trop réaliste, trop brut de pomme, trop socialo-pathos. Ce Gamin au vélo ne me disait donc pas grand-chose et pourtant les critiques étaient si bonnes ! Disons que c'est Cécile de France, que j'aime beaucoup, qui m'a décidée. Jean-Pierre et Luc, vous pouvez dire merci à Cécile ! Et moi je peux dire merci à Jean-Pierre et Luc. Car ce film a la grâce.

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Il n'est pas sans rappeler le magnifique Tête haute d'Emmanuelle Bercot, mais aussi Les 400 coups. Un gamin abandonné, ou quasi. Des éducateurs dévoués et persévérants devant cette tête de pioche incontrôlable. Une bouille à claques, le môme, obstiné, frondeur, fugueur... Qui rencontre une jeune femme généreuse, qui le regarde avec les yeux d'une mère et qui ne voit donc qu'un bébé, capricieux mais tellement avide d'amour. La scène où l'enfant, désespéré de comprendre que son père ne s'occupera jamais de lui, se met à se griffer le visage et à se taper la tête dans la vitre de la voiture... waouh, bouleversant, renversant ! Samantha réussit à l'attirer contre elle, à l'apaiser et il pleure sur ses genoux, il pleure, il pleure... un petit bébé secoué de sanglots. Les frères Dardenne ont merveilleusement réussi à faire ressortir l'enfant, celui envers lequel nous avons des DEVOIRS, dans celui qu'on prendrait hélas trop rapidement pour un gosse perdu pour la société, voué à devenir un petit délinquant, forcément. Cette séquence est très belle et extrêmement riche de signification.

Cécile de France, on l'aura compris, incarne avec une émouvante sincérité cette bonne âme mise sur le chemin du petit garçon. Elle est presque aussi brute de pomme que lui, vient de la même cité, mais elle n'est que bienveillance. On ne connaît rien de sa vie, mais on la sent juste droite dans ses bottes, solide, mère universelle. On a l'impression que, sans enfant jusqu'à présent, pour x raisons, qu'on ne connaîtra pas, Cyril est juste celui qu'elle attendait, qu'elle est prête à aimer de toutes ses forces. Peu importe le lien du sang, peu importe le passé ; et ça c'est un message qui me touche. Pour ce faire, elle ne joue pas les actrices glamour. Le visage est nu, la démarche presque gauche, le parler teinté d'accent belge. C'est une terrienne. Et elle sait merveilleusement s'effacer, elle la star, devant l'enfant, le vrai héros du film.

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Le petit môme est génial ! Une boule d'énergie ; il court tout le temps ; il parle à toute vitesse ; il fonce sur son vélo, son "arme", la clé de sa liberté. Sourcils froncés, visage buté. Et soudainement si naïf, si innocent, face à son père dont il rêve de partager à nouveau la vie, ce père fuyant qui n'arrive même pas à lui dire la vérité : il n'a pas envie d'avoir un gosse à ses basques ! On a envie de le prendre dans nos bras, ce petit garçon batailleur mais sans victoire, de caresser ses cheveux ras, de lui dire qu'il n'a pas l'âge de faire la guerre, juste celui d'être câliné...

Pas de longueurs, de temps morts, d'insondable tristesse qui colle à la peau, comme souvent chez les Dardenne. De la confiance, de l'espérance. Un très beau film. 

 


25 août 2016

ISABELLE ADJANI - BIOGRAPHIE

Isabelle Yasmina Adjani, née le 27 juin 1955 dans le 17e arrondissement de Paris, est une comédienne française.

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Jeunesse et formation

Son père, Mohammed Chérif Adjani, né à Constantine (Algérie), mort en 1983, est soldat dans l'armée française durant la Seconde Guerre mondiale, et sa mère, Emma Augusta Schweinberger, est allemande, d'origine bavaroise, morte en février 2007. Dans une interview donnée en 1985, Isabelle Adjani a expliqué que sa mère avait l'habitude de dire que son mari était d'origine turque : elle avait honte de ses origines algériennes. Elle lui demanda également de changer son prénom Mohammed en Chérif car cela faisait plus « américain »...

Isabelle grandit à Gennevilliers, au nord-ouest de Paris, avec son frère cadet Éric Hakim (qui deviendra plus tard photographe), va au collège Paul-Lapie à Courbevoie et poursuit ses études secondaires à Reims, au lycée Jean-Jaurès. Elle obtient un premier rôle à 14 ans dans un film pour enfants, Le Petit Bougnat, puis joue à seize ans dans Faustine et le bel été.

Elle entre à la Comédie-Française le 1er décembre 1972 ; grâce à la télévision puis au cinéma, elle accède rapidement au vedettariat.

Carrière

Au cinéma, elle est révélée au grand public en 1974 grâce à son rôle de jeune fille en rébellion contre son père dans La Gifle de Claude Pinoteau, dont le succès la propulse au rang des jeunes actrices françaises les plus en vue. Plusieurs cinéastes de premier plan l'engagent : François Truffaut pour L'Histoire d'Adèle H., André Téchiné pour Barocco et Les Sœurs Brontë, Roman Polanski pour Le Locataire ou encore Werner Herzog dans Nosferatu, fantôme de la nuit. Son interprétation dans ces cinq films révèle son goût du mystère et de la complexité psychologique. Elle illustre par ailleurs déjà son registre de prédilection : la fragilité et la passion jusqu'à la perdition, la folie ou la mort.

En 1981, elle est à l'affiche de Possession d'Andrzej Żuławski et de Quartet de James Ivory, deux films pour lesquels elle remporte le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes. Ces deux succès, joints à celui, immense, de L'Été meurtrier de Jean Becker en 1983 en font, dans les années 1980, l'actrice française la plus populaire et la plus adulée. 

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L'été meurtrier

Après le triomphe de Camille Claudel en 1988, Isabelle Adjani disparaît du grand écran. Elle ne retrouve le chemin des plateaux qu'en 1993 pour les besoins du film Toxic Affair. Cette comédie est cependant un lourd échec critique et public. La Reine Margot lui offre l'année suivante le rôle principal d'un nouveau film de prestige et lui vaut de renouer un temps avec le succès. Mais Diabolique, remake du film d'Henri-Georges Clouzot tourné aux États-Unis, ne rencontre pas les faveurs de la presse et des spectateurs. Ses prestations à l'écran se raréfient à nouveau.

Après quatre ans de retraite en Suisse, Isabelle  revient à Paris à l'automne 2000 pour jouer sur la scène du théâtre Marigny La Dame aux camélias. En 2002, La Repentie, film écrit spécialement pour elle, est un nouvel échec commercial. La même année, elle interprète la comtesse Ellénore dans Adolphe de Benoît Jacquot, l'adaptation cinématographique du chef-d'œuvre de Benjamin Constant. En 2003, elle devient une vedette de cinéma hystérique et mythomane, prise dans la débâcle de 1940 dans Bon voyage de Jean-Paul Rappeneau. En dépit d'un accueil critique relativement favorable, ces deux nouvelles productions n'obtiennent pas le succès escompté.

Après trois nouvelles années d'absence, Isabelle fait un retour sur les planches du Marigny à l'automne 2006, pour incarner le rôle titre de la pièce de Wolfgang Hildesheimer : La Dernière Nuit pour Marie Stuart, reine d'Écosse et de France

Durant le printemps 2008, Adjani tourne pour Arte La Journée de la jupe, film dans lequel elle incarne une professeure de banlieue qui perd ses moyens et prend sa classe en otage. Ce film, où elle apparaît fragile, métamorphosée et arrondie, fait sensation au Festival de La Rochelle. Il est diffusé sur Arte le 20 mars 2009 en avant-première (record d'audience historique de la chaîne avec 2,2 millions de téléspectateurs), puis dans les salles de cinéma à partir du 25 mars 2009. Malgré le boycott de nombreux distributeurs, le film rencontre un large public et le 5e César qu'elle reçoit pour ce film lui permet de revenir au premier plan de la scène médiatique. 

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Fin 2010, elle tourne le thriller De force de Frank Henry aux côtés d'Éric Cantona et Anne Consigny. Le film sort en octobre 2011 mais est un échec retentissant.   

De mars à mai 2011, elle tourne David et Madame Hansen d'Alexandre Astier. Dans ce film, qui sort en salles le 29 août 2012, elle tient un rôle initialement prévu pour Alain Delon, et transformé en personnage féminin après la défection de ce dernier et l'arrivée d'Adjani sur le projet15.

En janvier 2014, elle est promue au grade de commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres. En juin 2014, elle figure au générique de la comédie Sous les jupes des filles, le premier long métrage de la comédienne Audrey Dana. À partir du mois d'octobre, Isabelle Adjani est sur la scène du théâtre de Paris pour la création de la pièce américaine Kinship de Carey Perloff, mise en scène par Dominique Borg aux côtés de Vittoria Scognamiglio et Niels Schneider.

Autres activités 

Avec Serge Gainsbourg, Isabelle Adjani s'essaye à la chanson en 1974. Il lui fait enregistrer, pour une émission de télévision animée par Maritie et Gilbert Carpentier, Rocking Chair. En 1983, elle réalise un album entier sous sa direction et se retrouve en tête des ventes de 45 tours avec Pull marine, dont le vidéo-clip est réalisé par Luc Besson. Quelques années plus tard, elle sort un single écrit sans Gainsbourg, La Princesse au petit pois, qui n'obtient qu'un succès très faible. Elle a aussi enregistré des duos avec Jacques Higelin, Pascal Obispo et Christophe. Un album écrit et composé par Pascal Obispo était prévu pour 2007, avec des duos prometteurs (Étienne Daho, Christophe, Daniel Darc, Youssou N'Dour, Akhenaton…), mais n'est jamais paru.

Elle fait aussi de la voxographie (livres-audio, doublage...).

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Vie privée 

En 1996, Adjani quitte la capitale française et s'établit en Suisse, à Genève. Elle déclare : « lorsqu'on a la possibilité d'offrir à ses enfants une meilleure qualité de vie, il ne faut plus hésiter. » 

Elle a deux fils : le premier du chef opérateur et réalisateur Bruno Nuytten, Barnabé Saïd, né en avril 1979 et le second de l'acteur Daniel Day-Lewis, Gabriel-Kane, né le 9 avril 1995.

En novembre 2009, elle met douloureusement fin à une aventure sentimentale de cinq années avec le docteur Stéphane Delajoux ; puis quelque temps plus tard à une relation très médiatisée avec le musicien Jean-Michel Jarre.

Le jour de Noël 2010, son frère, Éric Hakim, meurt subitement d'une crise cardiaque. Il avait cinquante-trois ans.

Filmographie Cinéma 

  • 1970 : Le Petit Bougnat de Bernard Toublanc-Michel  
  • 1972 : Faustine et le Bel Été de Nina Companéez  
  • 1974 : Ariane de Pierre-Jean de San Bartolomé - film inédit
  • 1974 : La Gifle de Claude Pinoteau  
  • 1975 : L'Histoire d'Adèle H. de François Truffaut 
  • 1976 : Barocco d’André Téchiné  
  • 1976 : Le Locataire de Roman Polanski  
  • 1977 : Violette et François de Jacques Rouffio 
  • 1978 : Driver de Walter Hill  
  • 1979 : Nosferatu, fantôme de la nuit de Werner Herzog  
  • 1979 : Les Sœurs Brontë d’André Téchiné  
  • 1981 : Clara et les Chics Types de Jacques Monnet 
  • 1981 : Quartet de James Ivory  
  • 1981 : Possession d’Andrzej Zulawski  
  • 1981 : L'Année prochaine... si tout va bien de Jean-Loup Hubert 
  • 1982 : Tout feu, tout flamme de Jean-Paul Rappeneau  
  • 1982 : Antonieta de Carlos Saura  
  • 1983 : Mortelle Randonnée de Claude Miller  
  • 1983 : L'Été meurtrier de Jean Becker 
  • 1985 : Subway de Luc Besson  
  • 1987 : Ishtar d’Elaine May  
  • 1988 : Camille Claudel de Bruno Nuytten  
  • 1993 : Toxic Affair de Philomène Esposito 
  • 1994 : La Reine Margot de Patrice Chéreau  
  • 1996 : Diabolique de Jeremiah S. Chechik  
  • 1998 : Paparazzi d’Alain Berbérian - dans son propre rôle
  • 2002 : La Repentie de Laetitia Masson  
  • 2002 : Adolphe de Benoît Jacquot  
  • 2003 : Bon Voyage de Jean-Paul Rappeneau 
  • 2003 : Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran de François Dupeyron - La star
  • 2009 : La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld  
  • 2010 : Mammuth de Benoît Delépine et Gustave de Kervern  
  • 2011 : De force de Frank Henry  
  • 2012 : David et Madame Hansen d'Alexandre Astier  
  • 2013 : Ishkq in Paris de Prem Soni  
  • 2014 : Sous les jupes des filles d'Audrey Dana

 Court-métrage

  • 1986 : T'as de beaux escaliers, tu sais d’Agnès Varda  

Télévision 

  • 1973 : L'École des femmes 
  • 1973 : Le Secret des Flamands
  • 1974 : L'Avare de Molière
  • 1975 : Ondine 
  • 2008 : Figaro 
  • 2008 : La Journée de la jupe 
  • 2011 : Aïcha, Job à tout prix 
  • 2016 : Carole Matthieu 

Théâtre 

À la Comédie-Française :

  • 1973 : L'École des femmes 
  • 1973 : L'Avare de Molière
  • 1973 : Port-Royal 
  • 1974 : Ondine 
  • 1974 : La Maison de Bernarda Alba 

Hors Comédie-Française :

  • 1972 : La Maison de Bernarda Alba 
  • 1983 : Mademoiselle Julie 
  • 2000 : La Dame aux camélias 
  • 2006 : La Dernière Nuit pour Marie Stuart 
  • 2014 : Kinship 

Récompenses  

  • 1973 : Prix du Syndicat de la critique Meilleure comédienne L'École des femmes (pièce)
  • 1974 : Prix Suzanne-Bianchetti Jeune comédienne 
  • 1975 : David di Donatello Meilleure jeune comédienne étrangère La Gifle
  • 1975 : National Board of Review Meilleure actrice L'Histoire d'Adèle H.
  • 1975 : New York Film Critics Circle Award L'Histoire d'Adèle H.
  • 1975 : National Society of Films Critics Awards L'Histoire d'Adèle H.
  • 1976 : David di Donatello Meilleure actrice étrangère L'Histoire d'Adèle H.
  • 1976 : Festival de Carthagène Meilleure actrice L'Histoire d'Adèle H.
  • 1978 : Bambi Meilleure actrice Nosferatu, fantôme de la nuit
  • 1981 : Festival de Cannes Prix d'interprétation féminine Possession et Quartet
  • 1982 : César Meilleure actrice Possession
  • 1983 : Festival Fantasporto Meilleure actrice Possession
  • 1984 : César Meilleure actrice L'Été meurtrier
  • 1989 : César Meilleur actrice Camille Claudel
  • 1989 : Festival de Berlin Meilleure actrice Camille Claudel
  • 1995 : César Meilleure actrice La Reine Margot
  • 2003 : Festival de Cabourg Meilleure actrice Adolphe
  • 2004 : Festival de Montréal Grand prix spécial des Amériques Carrière
  • 2009 : Festival de Monte Carlo Meilleure actrice La Journée de la jupe
  • 2010 : Prix Lumière Meilleure actrice  La Journée de la jupe
  • 2010 : Globe de Cristal Meilleure actrice La Journée de la jupe
  • 2010 : Étoile d'or Meilleure actrice La Journée de la jupe
  • 2010 : César Meilleure actrice La Journée de la jupe

 

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24 août 2016

LES GRANDES ONDES (A L'OUEST) - 0/10

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Un film de Lionel Baier (2014 - Suisse, France, Portugal) avec Valérie Donzelli, Michel Vuillermoz, Patrick Lapp

Quel ennui !

L'histoire : Avril 1974. La radio suisse envoie trois journalistes au Portugal pour faire un reportage à la gloire des relations entre les deux pays. Mais ils tombent en pleine révolution des Oeillets.

Mon avis : Ca alors ! Pas plus tard qu'hier, je lisais sur le blog de Sentinelle une excellente chronique sur ce film. Du genre à vous donner immédiatement envie de voir la chose, et ça tombait bien, elle était dans ma pile ! Ni une ni deux. Sans compter que les critiques étaient tout aussi enthousiastes ! On a donc testé en se régalant d'avance.

Seigneur... on a trouvé ça d'un médiocre ! Les gags tombent à plat (sauf le cocasse "ce pays est nettement inférieur au nôtre, mais néanmoins sympathique" qui m'a beaucoup fait rire), le scénario est transparent, les acteurs ennuyeux... Et ce n'est pas ce vague esprit soixante-huitard qui réveille : c'est au contraire soporifique, lent, si lent. Il y avait pourtant un magnifique sujet, avec cette révolution des Oeillets très rarement évoquée au cinéma. Certaines scènes sont carrément grotesques (les scènes dansées qui arrivent comme un cheveu sur la soupe...).

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Et pourtant... tout le monde trouve ça désopilant et réjouissant. Encore une fois, j'ai l'impression de venir d'une autre planète... J'ai baillé, baillé, et on a même zappé la fin (il ne dure pourtant que 1h24 !).

Je n'ai trouvé qu'un seul journaliste qui s'est barbé comme nous : "Malgré notre sympathie pour Valérie Donzelli et Michel Vuillermoz, on a tout de même un mal fou à se brancher sur leurs aventures." (Le Parisien).

Et pour avoir récemment visité le Portugal, pas une fois j'ai ressenti mes impressions de là-bas. La lumière extraordinaire, le poids du passé et notamment de l'Age d'or des découvertes, qui nous rattrape à chaque coin de rue, dans chaque village, la religion omniprésente mais légère, le fado, une certaine insouciance joyeuse et festive, très philosophe. En fait j'ai l'impression d'être restée en Suisse. J'ai rien contre la Suisse, c'est juste qu'il y a erreur sur la marchandise.

Bizarre, bizarre.

 

23 août 2016

REPULSION - 8/10

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Un film de Roman Polanski (1965 - UK) avec Catherine Deneuve, Yvonne Furneaux, John Fraser - en N.B.

Oppressant... dingue...

L'histoire : Carole, française, vit avec sa soeur aînée à Londres, et travaille dans un institut de beauté. Très timide, solitaire, effarouchée, elle a une aversion de plus en plus prononcée pour les hommes, au fur et à mesure qu'ils se font plus pressants, car elle est très belle. Elle a un amoureux, comme tout le monde, mais elle le regarde comme une bête curieuse, obligée de jouer le jeu de la société, mais reste dans l'incapacité de se résoudre à une vraie relation. Elle l'éconduit constamment, elle ne parle pas, elle déteste ses baisers...

Mon avis : J'imagine que pour l'époque le film était sacrément d'avant-garde. Caméra qui multiplie les effets, plongée, contre-plongée, travellings circulaires, les pièces qui paraissent immenses, ou bien toutes petites, selon le ressenti de l'héroïne, les fissures dans le mur, le lapin écorché qui pourrit dans une assiette... toutes les techniques pour faire du personnage un OVNI, ce qu'il est, et nous filer la chair de poule. Sans oublier le bruitage, lancinant, constant, énervant : le tictac du réveil, les gouttes d'eau, la musique rythmique, répétitive, l'absence de dialogues... Un vrai cauchemar ! Nous sommes en plein dans les méandres de la folie et suivons le parcours d'une jeune femme, probablement schizophrère, qui sombre à l'intérieur d'elle-même et commence à multiplier hallucinations et pulsions de mort. 

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Je dis "probablement schizophrène", car on ne sait pas, et on ne saura pas, l'origine des troubles. Ce n'est pas le sujet. On a bien une photo de famille, que Roman nous montre à plusieurs reprises, rapidement, mais efficacement, où l'on voit Carole, petite fille, au milieu de sa famille. Ils sourient tous au photographe. Elle regarde ailleurs, extatique, possédée, troublante. Traumatisme de l'enfance (viol, inceste ?), maladie mentale... Le mystère reste entier, et c'est sans doute encore plus flippant. 

Car son parcours à l'écran reste fascinant et Deneuve est parfaite (déjà !) : la plus jolie jeune fille que l'on ait jamais vue, un visage d'ange, de longs cheveux blonds, une timidité extrême, une petite fille fragile et douce que tout le monde rêve de protéger et de câliner. Mais à l'intérieur de sa tête, un abîme. Que personne ne pressent. On la trouve bien un peu bizarre, un peu trop farouche... mais ces années-là, les psys n'étaient pas encore à la mode, pire : c'était la honte de les consulter. On sent que la soeur aînée tente de se persuader : "Non, ma petite soeur n'est pas folle".

Chaque agression, du moins ressentie comme telle par Carole, la pousse un peu plus dans ses retranchements. Jusqu'au point de non retour. Son enfer est paranoïaque, les hommes lui veulent tous du mal, de plus en plus, et elle n'a plus d'autre choix que de se défendre. Au rasoir.

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Histoire hallucinante et hallucinée de la folie. Un thème cher à Polanski, qui lui-même a vécu un long cauchemar, enfant juif polonais, pendant l'occupation allemande... Il avait à peine trente ans quand il a tourné ce film... Trente ans ! Mon Dieu, moi, à cet âge, je n'étais même pas finie !

Le film fait partie de la "trilogie de l'appartement", des films en quasi huis-clos, dans un appartement : Répulsion, Rosemary's baby, Le locataire, illustrant la claustrophobie, la folie, la paranoïa... et contrairement à ce qu'on croit souvent, Rosemary's baby n'est pas "surnaturel", on ne sait jamais vraiment si les fameux voisins sont vraiment satanistes ou si elle invente tout à partir de sa névrose...

Ce film n'est pas mon préféré du maestro, mais il n'en reste pas moins hyper bon ! A voir absolument.

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22 août 2016

LETTRES D'IWO JIMA - 8,5/10

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Un film de Clint Eastwood (2006 - USA) avec Ken Watanabe, Kazunari Ninomiya, Shido Nakamura

Quel beau film ! 

L'histoire : 1945. C'est la fin de la guerre du Pacifique. Le Japon est en déroute. L'île d'Iwo Jima est l'un des derniers lieux d'affrontement. Les Japonais ont construits des souterrains, parsemé des pièges, et ils se défendront jusqu'aux derniers. Soldats et officiers écrivent des lettres à leurs familles ; soigneusement cachées par l'un d'entre eux avant la fuite. Elles ont été retrouvées en 2005, permettant non seulement de retracer l'histoire du conflit côté japonais mais aussi de mesurer les doutes et les fiertés des hommes qui ont combattu là.

Mon avis : Moi qui n'aime pas les films de guerre... celui-ci m'a passionnée ; bien plus que la "première partie" (Mémoires de nos pères) qui présentait le même conflit, mais vécu du côté américain. C'était d'ailleurs une sacrée bonne idée de la part de Clint de donner la parole successivement aux deux belligérants.

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Car il est rare, dans nos pays, de voir la façon dont les choses ont été ressenties de l'autre côté. Ce qui est normal, puisqu'on peut difficilement se mettre soudainement dans la peau de celui qu'on ne connaît pas. Parce qu'il était un "méchant" et qu'on ne fraye pas avec les méchants. Ainsi, on ne voit que depuis peu des films sur la Seconde Guerre mondiale côté allemand ; et ils ne sont faits que par des Allemands. Quand les Américains s'y mettent... c'est uniquement pour parler de dissidents, justement (exemple : Walkyrie) et ça sonne un peu faux ; un peu trop artificiel, un peu trop arbitraire.

Les Japonais doivent également réaliser des films de guerre, racontant leur version à eux. Mais voilà, les films japonais sont difficilement distribués chez nous. Alors Clint l'a fait, et franchement il l'a fait bien : on ne sent aucun jugement, aucune vision occidentale, je suppose qu'il s'est entouré d'une équipe japonaise. Et c'est passionnant de découvrir ces soldats, émouvants dans leurs angoisses, leurs peurs, leur façon d'appréhender le code d'honneur, si important dans leur culture, et que certains auraient bien envie de remettre en cause... Touchant aussi, les flash-backs qui nous permettent de les voir dans leur vie d'avant. Et toutes ces choses de l'histoire japonaise. 

Comme toujours, chez Clint, c'est l'émotion et le sentiment qui priment. J'adore ça. Ce côté humain, humaniste, voire féminin ; Clint est un homme qui sait montrer ses larmes, et ça me touche infiniment. Il ne fait ni dans la morale, ni dans le pathos, il cible juste ce qui fait de nous des êtres humains, point barre, avec nos qualités et nos défauts.

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Ce genre de film, très subtil dans leur approche, montre particulièrement bien l'absurdité totale des guerres, ces trucs qui ne servent à rien, qu'à répandre le malheur et à intensifier les haines.

C'est un des plus beaux films de guerre que j'ai vus, sinon LE plus beau. J'aimerais bien que notre Clint nous fasse le même genre côté afghan et côté irakien, sur les conflits d'aujourd'hui. C'est tellement bien de comprendre tous les points de vue. Ca remet les pendules à l'heure.

 

 

21 août 2016

LAMBERT WILSON - INTERVIEW

Source : Femme Majuscule - Mai/Juin 2016

Jouer, danser, chanter... Lambert Wilson est un artiste complet, qui peut nous faire rire autant que nous émouvoir. Rencontre avec le plus élégant de nos comédiens, à l'occasion de la sortie de l'album Wilson chante Montand.

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Un café parisien, à deux pas du musée Picasso, un matin. Il a ici ses habitudes. Dès qu'il arrive, on est frappé par son charme et son allure. Ce n'est pas qu'une réputation, l'âge lui va bien... En ce moment, son emploi du temps est un peu compliqué : il jongle entre les interviews pour son disque de reprises d'Yves Montand, un tournage, des séances photo et ce que Simone Signoret appelait le "service après-vente", c'est-à-dire la promo de ses films. D'une voix douce, mais déterminée, il se prête volontiers au jeu. Avec sincérité - et aussi avec un certain recul sur lui-même, une légère distance, comme s'il n'était pas dupe de tout ce bruit autour de lui. Certainement ce qu'on appelle l'élégance...

Depuis le début de l'année, on vous a vu dans La vache, une comédie qui a dépassé le million d'entrées, vous êtes la voix de Baloo dans Le livre de la jungle, vous serez le 22 juin dans Tout de suite maintenant, de Pascal Bonitzer, aux côtés d'Isabelle Huppert, Vincent Lacoste et Jean-Pierre Bacri, vous avez terminé le tournage de L'Odyssée de Jérôme Salle, où vous incarnez le commandant Cousteau, et vous avez sorti un nouvel album, Wilson chante Montand. Vous aimez les grands écarts...

Et je viens de commencer un premier film, Corporate, de Nicolas Silhol, avec Céline Salette, sur les suicides dans le monde du travail, et dans lequel je joue un DRH terrible ! Mais le grand écart, c'est le propre des acteurs, non ? En tout cas, c'est ce dont on rêve... La vache est une fable drôle et émouvante, tellement bienvenu à la lumière des tragiques événements de l'an dernier. Alors qu'on fait tout aujourd'hui pour que les gens se méfient les uns des autres, c'est un film qui, grâce à la candeur du personnage principal, prône l'entente et la solidarité, et où des gens qui n'auraient même pas dû se rencontrer s'apprécient. Un film généreux et jamais mièvre.

Montant a beau vous accompagner depuis longtemps - vous avez déjà chanté certaines de ses chansons sur scène - ce n'est pas vous qui avez eu l'idée de cet album de reprises.

Oui déjà, à la fin des années 1990, j'avais eu l'idée, pour remonter sur scène, de trouver un fil rouge qui donne une structure à ce nouveau tour de chant. Je ne voulais pas que ce soit seulement des chansons alignées les unes derrière les autres, et un spectacle autour des chansons de Montand s'était imposé. D'autant que je trouvais qu'on avait un peu oublié le magnifique chanteur qu'il était. J'adore la façon dont il monte la voix dans les aigus, avec ces petites brisures. Il a un vibrato délicieux. J'aime ce sourire qu'il a dans la voix, ce mélange de gravité et de fantaisie, au sens qu'on lui donne dans le music-hall. Finalement, j'ai enchaîné les films et les comédies musicales et ça ne s'est pas fait. Il y a quelque temps, Sony m'a approché par le biais de Bruno Fontaine, merveilleux pianiste, arrangeur et compositeur avec lequel j'aime travailler, pour un projet autour de mélodies françaises du XIXe siècle. On en a enregistrées quelques unes. Je n'ai pas été très convaincu : je ne me lâchais pas assez. Mais en écoutant cette maquette, le patron de Sony Classical a été sensible au timbre de ma voix et a lancé l'idée de cet album de reprises. Quand Bruno m'en a parlé, j'ai dit oui tout de suite. J'ai toujours adoré chanter Montand. Je me sens bien dans son répertoire, je suis à l'aise dans son registre, dans la hauteur de sa voix, dans la sensualité de son articulation, dans son amour des mots - et des poètes... Cela faisait un moment aussi que je voulais retrouver Bruno. Ce type est une Rolls. C'est un tel plaisir de travailler avec lui ! D'ailleurs, très vite, c'est la notion de plaisir qui l'a emporté sur tout le reste. Il y a un moment où on ne pense plus en termes de positionnement dans le paysage culturel, médiatique, on fait ça seulement parce qu'on a envie de le faire. Enregistrer un disque, c'est simple. Ce qui l'est moins, c'est de devoir se justifier après, lorsque le disque sort, et affronter tous ces "Pourquoi ?"

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Avec Nicole Kidman - Cannes 2014

Oui, pourquoi ?

Comme je vous l'ai dit, d'abord pour le plaisir. Et puis, sans doute aussi, modestement, pour remettre un peu la lumière sur Montand. Pour le faire peut-être découvrir aux plus jeunes. Cet automne, j'ai travaillé sur deux monstres sacrés français de la même époque, Montand et Cousteau, célèbres alors quasiment dans le monde entier, et qui se connaissaient - Cousteau avait d'ailleurs demandé à Montand de faire la voix off d'un documentaire sur l'Amazonie. Et j'ai réalisé qu'aujourd'hui, ils étaient en fait très peu connus par les moins de 40 ans. Donc si ce disque peut faire en sorte que les jeunes découvrent les chansons de Montand... Mais, encore une fois, c'est une chose que de prendre du plaisir à faire un disque de reprises en espérant que les gens vont en trouver à l'écouter ; c'en est une autre d'aller faire sa promotion, dans des émissions où chacun vient vendre son truc, des trucs d'aujourd'hui, dans l'air du temps. Du coup, cela réveille les questions de légitimité, les interrogations, les doutes.

Pourtant, après avoir osé la parodie de Céline Dion dans Sur la piste du Marsupilami, d'Alain Chabat, vous pouvez tout vous permettre. D'ailleurs, on vous sent aujourd'hui plus libre qu'à une certaine époque...

C'est beaucoup plus facile d'oser une parodie que de défendre quelque chose sérieusement, surtout si vous vous dites que... ce n'est pas indispensable aux autres ! En fait, ce qui m'a libéré, c'est surtout la comédie musicale que j'ai faite bien avant la parodie de Céline Dion. A little night music, avec Judi Dench à Londres. Pour moi, il y a un avant et un après les neuf mois que j'ai passés avec elle sur scène, à faire des choses insensées. C'est là que mes inhibitions sont tombées. Judi est extraordinaire. C'est l'une des plus grandes actrices tragiques ET comiques d'aujourd'hui. J'étais comme à l'école, je l'ai observée tous les jours. J'ai compris à son contact qu'on ne pouvait pas être un acteur complet, et même un acteur désirable par un metteur en scène, si on n'acceptait pas, comme on dit, de "sortir son clown", son fameux clown intérieur. Lorsqu'on en est capable, on peut tout faire. C'est à partir de là que j'ai accepté des personnages qui renvoyaient une image de moi que jusque-là je n'avais pas osé assumer. Ca a donné Jet Set, Palais royal, Le marsupilami, etc. Et ça n'a pas empêché Des hommes et des dieux !

C'est justement lors de la présentation à Cannes du film de Xavier Beauvois, en 2010, qu'on a senti qu'il se passait quelque chose, que vous n'alliez pas très bien. Deux ou trois ans plus tard, vous n'avez pas hésité à révéler que vous aviez traversé une grave dépression...

En fait, j'ai voulu en parler parce qu'il faut dire aux gens qui traversent de noires périodes qu'on s'en sort, que ça peut même déboucher sur une aventure extraordinaire... Après la mort de ma mère, puis, un an plus tard, de mon père, j'ai fait en effet une profonde dépression. Jusque-là, mon moteur avait été d'impressionner mes parents, particulièrement mon père. J'avais le sentiment que rien de ce que je faisais ne trouvait grâce à ses yeux, alors je voulais lui en mettre plein la vue. Soudain, il n'y avait plus ce ressort-là. Tout paraissait vain. Cela a été une période très dure mais en même temps très bénéfique. Ca m'a permis d'oublier cette obsession de briller, de devenir un acteur international, et de me recentrer sur l'essentiel, de redéfinir mes priorités, de comprendre où étaient mes vrais désirs... Aujourd'hui j'ai l'impression d'être un bouchon qui se laisse porter sur le fleuve. J'ai renoncé à l'ambition au profit du plaisir. Ce que j'aime, c'est jouer la comédie et chanter, être sur scène aussi. Depuis que j'ai déménagé, c'est ici, dans ce café, que je rencontre les metteurs en scène. Et j'adore ce moment de "la première fois". Le plus beau, au fond, c'est la promesse. Je ne veux plus être une star mondiale, je veux juste travailler avec des gens qui m'intéressent. J'ai quand même été gâté, j'ai approché de très bons créateurs et j'ai envie de continuer. C'est bien ça qui est le plus passionnant : quand on cherche ensemble, quand on découvre un imaginaire, quand on découvre une façon de faire du cinéma, ou de la musique !

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Des hommes et des dieux

Comment vous voyez-vous dans une dizaine d'années ?

Je ne sais pas mais plus tard, j'adorerais être comme ces vieux acteurs anglais qui ont un rôle de temps en temps dans un film plein d'effets spéciaux où ils tournent devant un écran vert pendant six mois et gagnent une fortune ! Je pourrais ainsi réaliser mon rêve : être vieux, sur une île en Grèce, à regarder les bateaux aller et venir dans le port...

 

Posté par Aelezig à 09:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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